Son ambition : reconstituer, sur la longue durée, la manière dont les sujets de société s'imposent dans le débat public avant d'atteindre l'agenda politique — et déterminer si c'est la presse qui influence le Parlement, l'inverse, ou, plus vraisemblablement, un peu des deux.
Pour répondre à cette question, héritée de la théorie de l'agenda-setting formulée dans les années 1970 par les politologues McCombs et Shaw, l'équipe de DECIDON s'appuie sur un corpus exceptionnel : l'intégralité des débats parlementaires de la Troisième République (1870-1940), numérisée et disponible via Gallica, mise en regard avec de vastes corpus de presse numérisés.
Des archives numérisées à l'histoire computationnelle
Le projet déploie une chaîne de traitement complète : reconnaissance optique de caractères pour transformer les scans en texte exploitable, reconnaissance et liaison d'entités nommées pour identifier les orateurs, institutions et lieux mentionnés, puis structuration de ces informations sous forme de graphes de connaissances. Les premiers résultats sont déjà probants : un modèle de reconnaissance d'entités atteint un score de fiabilité proche de 0,92, et de 0,98 pour l'identification des orateurs — une étape clé pour reconstituer qui a dit quoi, et quand, dans plus d'un siècle de débats.
L'équipe a également développé Corpusense, un outil pensé pour les chercheurs et les institutions patrimoniales, afin de transformer des sources numérisées en données structurées sans expertise technique lourde - dans une logique de recherche « avec un humain dans la boucle », où l'historien garde la main sur l'interprétation.
L'IA au service de la démocratie
Au-delà de la prouesse technique, DECIDON pourra permettre de mieux comprendre la manière et le moment où un problème public devient un sujet de débat parlementaire. Analyser ce mécanisme pour la Troisième République, c'est aussi mieux outiller notre regard sur les mécanismes contemporains de formation de l'opinion et de l'agenda politique, à l'heure où les canaux d'information se sont multipliés et accélérés.
Le projet explore aussi comment l'intelligence artificielle générative peut donner accès à ce patrimoine : des systèmes de génération augmentée par récupération (RAG) permettent d'interroger en langage naturel des dizaines de milliers de pages d'archives parlementaires. Mais l'équipe documente avec la même rigueur les limites de ces outils — hallucinations, pertes de repères sur de longs corpus — et a construit un jeu de données de référence, à partir des débats et de la presse de l'année 1887, pour évaluer objectivement la fiabilité de ces systèmes face à des sources historiques complexes.
En rendant lisibles et interrogeables des décennies de vie parlementaire, DECIDON illustre une conviction que GENCI porte au quotidien : le calcul intensif et l'intelligence artificielle ne servent pas seulement la recherche en sciences dures, ils sont aussi des outils précieux pour éclairer notre histoire collective - et, à travers elle, mieux comprendre les ressorts de notre vie démocratique.
Quelques références pour mieux comprendre et en savoir plus :